Le train s’arrête à Lastra a Signa et j’apprends que Monsieur Tourneboeuf a assisté aux obsèques de Victor Hugo. Nous sommes en route pour Castiglioncello, Matteo à trente pages des retrouvailles entre Ulysse et Pénélope, moi, à 71 années de la voix de ce cher Monsieur au nom cocasse, qui raconte avec fierté et quelques incohérences, l’événement auquel il a assisté 70 ans auparavant, au micro de France culture.
Madame Castex, Empoli, Monsieur Monnet, Pontedera, Madame Fisher… Les souvenirs des témoins s’enchaînent, alors que nous nous approchons tranquillement de la côte toscane.
Et mon témoignage à moi ? Depuis décembre 2025 ? Aucun article en 2026. Et ben c’est du joli, Gigi !
« J’ai cherché la lune en vain. » 28 août 2026
« Le retour a été plus simple, mais moins évident. » 26 août 2026
“Le train qui longe la mer.” 18 juin 2026
Voilà les trois petites phrases que j’ai tapées sur trois documents Word différents, convaincue que j’en tirerai quelque chose. J’avais pourtant envie d’écrire sur Gênes, sur Rome, sur la Calabre, sur le mariage de Sophie et Alexandre. Et puis j’ai attendu, trop attendu, et les voyages qui méritaient des articles ont fini par se réduire à quelques mots et des couleurs. Mes souvenirs sont en effet souvent associés à des couleurs. Les gens aussi. Pas vous ?
“La mémoire ne filme pas, la mémoire photographie” Kundera, L’Immortalité.
Je vous laisse méditer là-dessus.
Donc, dans ma mémoire, Gênes est en vert bouteille, Rome en orange tangerine, la Calabre en marron fauve, le mariage, en bleu de France, bien évidemment !






Le train arrive en gare de Castiglioncello. Je vois tous ces gens se diriger vers le passage souterrain et j’essaye de faire taire cette pulsion habituelle et puérile qui consiste à vouloir arriver la première sur la plage. Je me ressaisis en pensant aux deux nuits que nous avons réservées à la fin du mois, dans mon hôtel préféré. Je prévois déjà un réveil aux aurores pour assouvir ma pulsion.
Contrairement à nos habitudes, nous nous rendons sur une toute petite plage en contrebas de la Pineta. Moins de monde. Moins de jeunes. Et oui, j’ai bientôt 35 ans. Je suis frappée par les couleurs vives des cabines de plage, des parasols et des fleurs. Cela m’émeut de retrouver ce jaune, ce rouge, ce rose et je me rends compte que mon regard s’était déshabitué à l’Italie. Ces petits moments de grâce lorsque nous vivons ailleurs.

Nous faisons la colazione al bar et nous nous dirigeons vers la plage des 30 ans et plus.
Dès qu’un Italien met un pied dans l’eau, il se transforme en tableau. Il y a, chez eux, une harmonie entre leurs corps et la mer que je ne me lasserai jamais d’observer. Qu’ils soient debout, assis, la panse bien rebondie ou les seins tombants, ils sont beaux. Les gestes sont gracieux, posés, c’est comme si la Méditerranée était une metteuse en scène invisible qui guiderait les baigneurs vers un point précis pour créer une perspective, un dialogue entre les corps sur cette scène aquatique. Tout le contraire de moi cet été quand je me suis pris une grosse vague en pleine tête sur une plage de Vendée.
Si vous suivez bien, j’ai écrit le 26 août que le retour en Italie avait été plus simple mais moins évident. Je ne suis même pas certaine de ma propre phrase, peut-être devrais-je inverser ces deux adjectifs mais qu’importe. Plus simple, oui car rentrer à Florence est devenu une routine. Moins évident car, peut-être, mon regard se tourne de plus en plus vers un autre ailleurs. Etre ici et ailleurs, la quête de ma vie.
Dans notre volonté perpétuelle d’ordonner le monde, il semblerait que nous ayons réussi à caler nos émotions sur le calendrier grégorien. J’ai compris en effet aujourd’hui (pas là tout de suite maintenant hein, c’est pour les besoins de l’article) qu’en septembre dernier, je commençais une année de transition dans mon rapport à l’Italie et à la France. Je me sentais frustrée, incertaine, j’avais beaucoup de difficultés à accepter certaines choses et notamment, justement, comment je me sentais. Depuis mon retour à Florence, j’ai compris certaines choses, c’est comme si j’avais atteint un niveau supérieur dans ce jeu vidéo qu’est la vie à l’étranger. Et je me sens plus sereine. J’accepte de ne pas comprendre, j’accepte de ne pas accepter.
Je ne sais pas où sera mon ici et mon ailleurs dans un an. Mais ça va aller, comme disait ma mère.