Avant de prendre le train pour Perugia je m'arrête boire un cappuccino dans un petit bar entre la gare et chez moi. Il ne se trouve qu'à quelques mètres de mon appartement et pourtant je me sens déjà ailleurs. La sensation m'est venue au bout de la deuxième gorgée de mousse de lait. Je ne sais si c'est la météo pluvieuse, la télé en fond sonore, les couleurs rouges et ocres du bar mais j'ai l'impression de revivre un de ces matins d'hiver à Bologne où je partais explorer le pays. Prendre le train tôt m'apporte toujours une énergie particulière. J'en profite et je vous écris donc ces quelques lignes.
2h de train. Perdue dans mes pensées, je ne trouve pas la force de lire. J'écoute un podcast et beaucoup de musique. Nous longeons le lac Trasimeno que j'avais aperçu avec mon père lors de notre escapade à Montepulciano. Je pense au lac d'Annecy, au lac du Bourget, aux moments avec ma famille. Le soleil arrive enfin et transforme l'atmosphère.
"Moi je le digère jamais le cappuccino"
J'arrive en gare de Perugia, toute excitée à l'idée de prendre le Minimetrò imaginé par Jean Nouvel. Je l'aperçois enfin sur son rail, transportant perugini e turisti. Incroyable de prendre le métro en plein milieu de l'Ombrie.
D'ailleurs, serait-ce la première fois que je mets les pieds dans cette région? J'crois bien qu'oui. Je souris, j'ai presque envie de lui faire coucou à ce Minimetrò. Quelle plaie de devoir se comporter en adulte. 7 stations au total, j'en parcours trois pour rejoindre le centre ville. Pas de carte, je me laisse porter par le troupeau. Je me retrouve Piazza Giacomo Matteoti où je découvre une spécialité locale la torta al testo, une sorte de piadina. Je repère une boulangerie pour le goûter et je tourne à gauche en direction de la place principale, la Piazza IV Novembre.
Ah, l'Italie et ses piazze. Au premier plan à droite, la Fontana Maggiore édifiée au 13e siècle pour célébrer l'arrivée de eau potable dans la ville grâce à l'acqueduc du Monte Pacciano. On y trouve le calendrier des travaux agricoles, les signes du zodiaque, les arts liberaux et 24 statuettes figurant des villes d'Italie. Et de l'eau. Au second plan, le Palazzo dei Priori qui abrite la mairie mais également la Galleria Nazionale dell'Umbria (voir ci-dessous). Comme d'hab, je vais voir le Duomo. Comme d'hab c'est l'heure de la messe. Ah, l'Italie.
A l'intérieur, une curiosité : la chapelle du Saint-Anneau qui conserverait l'anneau de mariage de la Vierge. Zoomez sur le tabernacle doré. Au fond, un tableau où l'on aperçoit Joseph passant l'anneau au doigt de Marie. On le voit pas souvent ce brave Jojo, c'était quoi sa vie à lui?
Je continue mon petit bonhomme de chemin et je trouve un magnifique point de vue sur une partie de la ville. J'entends les merles qui chantent, je vois des geais dans les jardins en contrebas. Je pense au film La Chimera de Alice Rohrwacher et à son personnage principal qui vit dans une cahute au milieu de jardins ouvriers, au pied de remparts. Quel film magnifique.
Trêve de poésie, j'ai faim. Je choisis la valeure sûre, une pizzeria du Routard. Délicieuse, digeste, j'ai déjà envie de faire la sieste. Je lutte contre cet instinct primaire grâce à un shot de café au Caffé Pasticceria Sandri.
Je suis droguée au sucre mais je résiste, et je m'en vais découvrir la Galleria Nazionale. A la billetterie, l'agent d'accueil me demande mon âge. Dans ma tête je vois défiler les années après les 25, âge limite pour la réduction. 26 27 28 29 30 31 32... Putain mais c'est long. J'ai 32 ans. MERDE. Merci pour la prise de conscience Michel ou Michele bref, merci.
Toujours un peu "pesantissimo" de raconter les visites de musée dans un blog mais ma substantifique moelle à moi fut les visages. J'ai été en effet captivée par les regards peints par les artistes ombriens notamment Ducio di Buoninsegna, Taddeo di Bartolo ou bien sûr Pietro Vannucci, detto il Perugino, maître de Raphaël.
Petit détail sur la main de la vierge qui m'a également touchée. Je ne m'attendais pas à ressentir cela, à passer autant de temps devant certains tableaux. Il y avait parfois un tel magnétisme dans le regard des Vierges, des anges, des apôtres... Ah, l'Italie.