45. Voir Naples et manger

Je vais à Naples avec Sophie.
Cette phrase a résonné dans ma tête toute la nuit. Je n'ai, de fait, pas très bien dormi. Mais la fatigue ressentie au réveil s'efface vite en pensant au voyage à venir. Je quitte mon logement bolognese le cœur léger et pleine de dopamine, et j'attrape un croissant à la pistache sur la route. J’espère qu’il me tiendra au ventre jusqu’à cet après-midi. Mon train quitte Bologne à 8h50, je suis censée arriver à Napoli Centrale à 15h29. Nous passons par Florence, Rome, nous apercevons des aqueducs romains, la mer, un gros Ikea, un gros Leroy Merlin (on arrive à Clermont ou quoi ?) et enfin, Napoli Centrale. 
Le train a trente minutes de retard, Sophie est déjà arrivée au logement et m’a donné des explications pour prendre le métro napolitain. 
Je suis à Naples, enfin ! Cette ville me fascine et m’intimide depuis plusieurs années. A vrai dire, ce n’est pas la première fois que je mets les pieds ici. J’ai en effet visité Naples lors d’un voyage avec ma classe de latin quand j’avais 13/14 ans, comme de nombreux autres petits Français boutonneux. Je ne me souviens que des poubelles dans les rues et de la statue d’Atlas portant le monde sur son dos dans le musée archéologique. Naples, c’était aussi la destination que nous avions prévue pour nos vacances estivales de 2021 avec Sophie. Les prix étant trop élevés, nous nous étions « rabattues » sur Rome et ses carbo. Pas mal comme plan B.  
Ce petit historique personnel étant posé, je reprends donc le récit de ma première vraie journée à Naples. 
Ticket acheté, métro trouvé, quai bondé. Okay les gars, je me prépare tel un vendredi à 18h pour faire un changement à Châtelet. Je dépasse des gens pour être prête à sauter dans le métro, je serre des coudes et voilà qu’une rame arrive, vide. Je réalise que l’arrêt de la gare est le terminus de la ligne 1. J’ai dû passer pour une touriste stressée et malpolie. Scusatemi ! 
J’observe les gens, je veille à mes trois grains à savoir mon sac banane, mon sac à dos et ma valise et arrive à l’arrêt Materdei. Nickel ce petit trajet, easy peasy Naples ! Hum. J’ai pensé trop vite. 
En sortant de la bouche de métro, c’est un concentré de (tomates hahahaha) de Naples qui m’attend.
Oui, Naples vous explose au visage. Je ne sais pas comment le décrire autrement. En quelques instants, votre cerveau est saturé en informations visuelles, olfactives, auditives. Que vous le vouliez ou non, Naples vous empoigne, vous embrasse même. Comme si elle vous prenait par les épaules et vous faisait de gros bisous sur les joues. Mon amie Manila m’a dit un jour "Napoli è una città difficile ma ti entra nel cuore". Ah ben ça c’est sûr, elle te prend le cœur, le corps, tout ton petit être est envahi par les énergies de la cité parthénopéenne. 
Oh un chat !
Oh des poubelles éventrées ! Oh une église ! Oh ça sent bon ! Oh des cacas de chiens ! 
Naples, un oxymore sur pattes. 
Mon GPS est sous le choc, il n’arrive pas à me repérer sur la carte. Je m’approche vers une plaque de rue, le nom est effacé… Et c’est comme ça tout autour de la place. Je décide donc de suivre mon instinct. Je pars à gauche, puis à droite. Je me retrouve en plein milieu d’une partie de Mariokart. Les scooters pétaradent, les voitures se faufilent dans les rues étroites et klaxonnent pour se faire connaître. Et moi je suis au milieu de tout ça, avec ma grosse valise et sans trottoirs pour me réfugier. 
Au détour d’une rue, je n’ai pas d’autres choix que de couper la route à une voiture. Je tire ma valise sur les pavés déformés, je tourne la tête, le chauffeur ne s’énerve pas, sourit même. Nerveux mais heureux les Napolitains ? 

Sophie m’annonce sur Whatsapp qu’une de ses roues de valise s’est pétée quand elle est arrivée. La mienne semble survivre, je continue de la traîner péniblement dans ces rues labyrinthiques, ajoutant du bruit à cette cacophonie urbaine déjà bien chargée. Une route de taille moyenne à traverser. Pas de passage piétons. Une jeune femme essaye elle aussi de passer de l’autre côté. Les voitures, les scooters, défilent à toute vitesse, je finis par lâcher un « è impossibile ! » Elle sourit. Elle se lance, je la suis, je la colle même pour traverser cette fichue route. 
J’ai envie de rire. Cette ville est incroyable. 
Allez, plus que quelques mètres. Ca y’est, j’aperçois Sophie ! Je suis toute transpirante (ah d’ailleurs, désolée pour la photo floue juste au-dessus. J’étais en nage et prête à mettre un crochet à un éventuel pickpocket). Nous partageons, ébahies, nos premières impressions de la ville. 
Après une petite demi-heure de blablablablabla intense, nous décidons de sortir pour profiter des dernières heures de soleil. Le palazzo où nous logeons a du cachet, le quartier semble tranquille mais nous restons sur nos gardes. Notre entourage n’a pas arrêté de nous dire « Oh super vous allez à Naples ! Mais faites attention ». Avec du recul, Naples, c’est comme toutes grandes villes. Faut faire gaffe à son téléphone et à ses bijoux de famille (au sens propre hein, sinon allez à Pigalle). Nous nous engageons dans la Via Toledo, l’une des artères les plus passantes de Naples qui mène à la Piazza del Plebiscito. Nous rattrapons le temps perdu. Et blablabla t’as vu cette jolie place ? Et blablabla on mange quoi ce soir ? Nous passons par la piazza Dante, la Galleria Umberto I et la Piazza del Plebiscito où se trouve le très beau caffè Gambrinus. 
Passons aux choses sérieuses : manger. 
Pas besoin de débattre, nous avons toutes les deux envie de…pizza !! Nous nous dirigeons vers l’une des pizzerie les plus emblématiques de la ville, la pizzeria Da Michele. 
Bien sûr, il y a de l’attente. Cependant, il n’est pas nécessaire de faire la queue pour garantir sa place. Comme chez le boucher, vous prenez un numéro et vous attendez que le vôtre s’affiche sur l’écran lumineux. Nous avons le n°52, l’écran affiche 22. En attendant que trente personnes engloutissent des pizze, nous allons nous promener du côté de la via dei Tribulani, l’une des rues les plus touristiques de Naples. Ca grouille de scooters, de bars à spritz (à 1€ !!), de t-shirt de Maradona, des pinces à linge nous tombent dessus… 
Naples, incroyable.
Après deux petits spritz, nous retournons devant la pizzeria. Bim, c’est à nous ! Nous nous précipitons à l’intérieur. Le restaurant ne paye pas de mine mais quelle ambiance ! Et regardez moi ces pizze !
On sent qu’elles sont dans leur milieu naturel, elles respirent, elles s’étirent, elles sont heureuses ! Et nous aussi. Sophie envisage une reconversion en pizzaiola. 

Nous partageons une Margherita et une Cosacca. 
Nous rentrons le ventre plein (mais pas ballonnées - vive la maturation de la pâte à pizza) et nous pensons déjà à notre prochain repas. 

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